Alcoolisation chez les jeunes:comprendre pour agir!

Publié le par Valérie GARCIA

 

Environ cinq millions de Français boivent trop. Et ce chiffre pourrait augmenter dans les prochaines années, notamment en raison de la banalisation de la consommation d'alcool chez les plus jeunes et du développement de pratiques dangereuses comme le "binge drinking", qui consiste à chercher à obtenir l'ivresse dans un délai le plus court possible. C'est ce que montre une étude publiée dans le dernier numéro de la revue Neuropharmacology. Selon elle, les intoxications répétées à l'adolescence, alors que le cerveau n'a pas fini sa maturation, entraînent une perte de contrôle de la consommation d'alcool à l'âge adulte et provoquent des modifications neurologiques à long terme. Certes, les travaux ont été réalisés chez le rat, mais il n'y a aucune raison pour que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets chez l'homme.


C'est dans le cadre du projet européen AlcoBinge - coordonné par l'équipe de Mickaël Naassila (unité Inserm ERi 24) - que les chercheurs ont exploré les effets à long terme des intoxications alcooliques répétées au cours de l'adolescence du rat (ce qui correspond à un animal âgé de 30 à 40 jours) sur le comportement ultérieur vis-à-vis de l'alcool. "Nous avons exposé ces animaux à l'adolescence (alcoolémie de trois grammes par litre une fois par jour pendant deux jours et tous les deux jours avec un total de huit injections, et cela, à partir du 30e jour de vie)", explique le spécialiste. "Ces intoxications visaient à mimer le binge drinking chez l'homme." Selon lui, il n'est pas rare d'observer ce niveau élevé d'alcoolémie chez des adolescents admis aux urgences pour intoxication éthylique.

Impulsivité

D'un point de vue comportemental, l'étude prouve que les rats adultes exposés à des ivresses tôt dans l'adolescence sont plus vulnérables à l'alcool et perdent le contrôle de leur consommation. D'autre part, les chercheurs ont montré, pour la première fois et après plusieurs expériences sur la récompense, que les rats adultes ayant été exposés précocement à l'alcool faisaient preuve d'une motivation bien plus élevée que les autres (en appuyant sur un levier) pour obtenir ce type de breuvage.


D'un point de vue neurologique, l'intoxication alcoolique répétée au cours de l'adolescence provoque des modifications dans le cerveau. L'équipe de Mickaël Naassila a mis en évidence le fait qu'une petite région bien précise du noyau accumbens (zone cérébrale qui joue un rôle primordial dans le comportement addictif) est moins réactive, à long terme, à une réexposition à l'alcool. Cela pourrait expliquer la plus grande sensibilité de ces animaux à cette boisson.


Au total, ces résultats "corroborent les suspicions cliniques qui suggèrent l'existence d'une plus grande vulnérabilité à l'addiction à l'alcool après une initiation de la consommation d'alcool à un âge très précoce, très tôt dans l'adolescence", conclut Mickaël Naassila. Son équipe a aussi prévu d'analyser le rôle du comportement de type anxieux et de l'impulsivité dans la consommation massive d'alcool ainsi que les effets de l'ivresse expresse sur la mémorisation et les capacités d'apprentissage. De plus, ces chercheurs ne veulent pas se limiter au rat : ils ont recruté une centaine d'étudiants anglais et français pour comparer les buveurs "massifs et excessifs" et les buveurs dits "sociaux", et ainsi évaluer, entre autres, l'impact du binge drinking sur les atteintes cérébrales (à la fois morphologiques et fonctionnelles).

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